Art martial VS Compétition sportive, philosophie de la compétition !

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il y a 1 mois 4 semaines #9 par MR
Préambule,
Je remercie Christian AUMAITRE de m'avoir éveillé à cette étude et orienté vers Mohammed El BAHJA, Rabat, Maroc. Je remercie Mohammed de m'avoir orienté directement vers l'auteur par les liens qu'il m'a transmis. Je suis en attente d'échanges directs avec l'auteur, ce qui n'est pas aisé eu égard au fait qu'il n' publié nulle part un lien pour le contacter. Mais je persévère car le véritable problème de la compétition aujourd'hui, qu'elle soit en Judo, en Karaté ou en tout autre sport individuel passe par une revalorisation de l'élimination en compétition et une recherche de solution alternative sérieuse, réfléchie et partagée qui ne demandera qu'à être expérimentée.
Bonne lecture.Examen critique du concept de compétition en judoFocalisation sur une manière de rivaliser dépassant la supériorité et l’inférioritéAuteur : Yuya Sato, JapanRésuméLe « concept de compétition » se situe au cœur des activités sportives. Toutefois, il est également vrai que le désir de victoire qui naît de ce concept a fréquemment fait l’objet de controverses. Les problèmes sociaux liés à l’idéologie du « gagner à tout prix » constituent aujourd’hui un enjeu majeur dans le monde du sport, et le judo n’échappe pas à cette problématique. Des initiatives sont mises en œuvre afin d’éviter une surchauffe de la compétition.Ce qui caractérise de manière singulière ces initiatives dans le monde du judo, c’est qu’elles ne visent pas uniquement la protection du développement sain du corps et de l’esprit, mais qu’elles s’accompagnent également d’une préoccupation pour la transmission de la valeur culturelle propre au judo. Cette approche révèle que le judo, au-delà d’être un sport, constitue une activité corporelle dotée des caractéristiques d’une culture traditionnelle singulière.Bien que de nombreuses initiatives et discussions aient vu le jour ces dernières années au sein de la communauté du judo, rares sont celles qui se sont attachées à examiner la nature même de la compétition qui y est inhérente. Cette étude propose donc un examen critique du concept de compétition en judo à partir d’une analyse de la littérature existante, et cherche à interroger l’avenir du judo dans une structure fondée sur la victoire (supériorité) et la défaite (infériorité).Le judo est à la fois considéré comme un « sport international » et comme une « culture traditionnelle japonaise », mais dans l’un et l’autre cas, les critères d’évaluation ne se réduisent pas à la seule intensité compétitive. Autrement dit, dans le concept de compétition propre au judo, la « force de l’athlète » peut être évaluée selon une perspective différente de celle de la « performance sportive ».Dans le concept originel de la compétition, le fait de viser la victoire à tout prix ne peut être condamné en soi. Cependant, dans le sport moderne, où la victoire et la défaite sont comparées sur la base de la supériorité et de l’infériorité, cette logique du « gagner à tout prix » perturbe l’équilibre du concept de compétition et tend à masquer la valeur culturelle du sport. À mesure que la valeur accordée à la victoire augmente, le désir intrinsèque de gagner à tout prix devient un problème social, révélant une dissociation croissante entre les valeurs de la victoire et celles de la défaite.Pourtant, même dans le sport moderne, le judo conserve une « esthétique de la maîtrise émotionnelle », selon laquelle il est souhaitable de conclure un affrontement sans afficher de sentiment de supériorité ou d’infériorité lié à l’issue du combat. Dans cette étude, cette attitude est interprétée comme une « manière de rivaliser », définie comme un comportement permettant de dépasser la supériorité et l’infériorité associées à la victoire et à la défaite.Mots-clésJudo ; concept de compétition ; manière de rivaliser ; idéologie du gagner à tout prix I. ProblématiqueLe « concept de compétition » constitue le noyau des activités sportives. Cependant, le désir de victoire qui émerge au sein de ce concept a fréquemment suscité des débats. Récemment encore, estimant qu’il n’est pas souhaitable que des élèves d’école primaire, en pleine phase de développement physique et mental et encore dépourvus d’une capacité suffisante de discernement, soient exposés à une idéologie du gagner à tout prix, la Fédération japonaise de judo a décidé de supprimer le championnat national de judo par catégories d’âge pour les écoliers.Dans la continuité de cette décision, l’Association japonaise des sports a également proposé d’engager une réflexion visant, à terme, l’éventuelle suppression des compétitions nationales organisées par les clubs sportifs de jeunes. Bien entendu, ces décisions résultent de la convergence de multiples facteurs, mais elles traduisent la nécessité croissante, dans chaque catégorie définie selon la discipline, l’âge ou l’objectif de l’activité, de mettre en place des dispositifs permettant de maîtriser l’intensification excessive de la compétition.Dans le monde du judo, de telles initiatives sont également mises en œuvre à différents niveaux. La suppression des compétitions nationales pour les écoliers, l’organisation de formations pour les entraîneurs et la délivrance de licences constituent des exemples emblématiques de cette démarche. Ce qui mérite une attention particulière, cependant, c’est que ces initiatives ne se limitent pas à la protection du développement sain de l’esprit et du corps, mais s’accompagnent d’un discours préoccupé par la préservation des caractéristiques traditionnelles du judo.À ce propos, Kawatani souligne que « les arts martiaux, à l’instar du sport, comportent un élément de compétition, mais ils intègrent simultanément une philosophie spirituelle visant à restreindre l’idéologie du gagner à tout prix ; autrement dit, gagner ne saurait être une fin en soi ». Cette observation met en lumière une différence conceptuelle fondamentale entre les arts martiaux et le sport dans leur rapport à la compétition.De telles positions, qui placent le concept de compétition au cœur de la pratique tout en refusant d’en faire une finalité, sont également très présentes dans le judo. Elles s’inscrivent dans la continuité de la pensée de Jigoro Kano, selon laquelle « la victoire ou la défaite n’est qu’un moyen au service de l’accomplissement ultime de la pratique du judo, et non une fin en soi ».II. Objectifs et méthode de la rechercheCette étude prend pour point de départ les problèmes liés à l’idéologie du gagner à tout prix dans le sport de compétition, et propose un examen critique du concept de compétition qui en constitue la source. Pour ce faire, une analyse de la littérature existante est menée. L’objectif principal est d’examiner, à partir des caractéristiques culturelles propres au judo, une manière de rivaliser qui ne soit pas prisonnière de la structure victoire–défaite, autrement dit ce que nous appellerons une « manière de rivaliser ».Afin d’atteindre cet objectif, l’analyse du concept de compétition en judo est conduite selon trois axes :
  1. le concept de compétition dans le judo en tant que sport,
  2. le concept de compétition dans le judo en tant qu’art martial,
  3. la « manière de rivaliser » dans le judo.
Les notions de « sport » et d’« art martial », telles qu’elles apparaissent dans les titres des chapitres, sont parfois appréhendées comme des concepts antagonistes et intégrées à des débats tels que « judo et JUDO », « éducation et compétition », ou encore « tradition et internationalisation ». Pourtant, bien que leurs racines soient distinctes, sport et art martial partagent un point commun fondamental : la volonté de tendre vers un niveau supérieur. En ce sens, le sport constitue lui aussi une culture qui ne se confond pas nécessairement avec l’idéologie du gagner à tout prix.Les chapitres III et IV ont pour objectif de clarifier la manière dont ces deux cultures interagissent avec la structure hiérarchique victoire–défaite produite par le concept de compétition, ainsi que les stratégies qu’elles mettent en œuvre pour la dépasser. Cette démarche permettra de considérer le dépassement de la structure victoire–défaite, irréductible au cadre du sport moderne, comme une caractéristique traditionnelle propre au judo en tant qu’art martial.Le chapitre V, quant à lui, vise à reconsidérer la nature de l’idéologie du gagner à tout prix, afin de saisir l’existence d’un concept de compétition moderne qui entre en tension avec les valeurs culturelles et philosophiques du judo. À partir de ces analyses, l’étude cherchera à identifier, dans la « manière de rivaliser », un moyen de surmonter ce que l’on peut appeler les dérives négatives de l’idéologie du gagner à tout prix au sein du concept moderne de compétition.Par ailleurs, certains termes similaires apparaissent de manière récurrente dans chaque section. Les termes liés au « sport » seront utilisés selon trois niveaux :
  • le concept global de « sport »,
  • celui de « sport de compétition », centré sur la rivalité,
  • et celui de « sport moderne », qui s’est développé et amplifié avec la modernisation.
De même, les termes liés aux « arts martiaux » seront distingués comme suit :
  • le concept général de « budō », incluant les conceptions de la compétition héritées de la classe guerrière,
  • le concept de « judo » en tant que système éducatif fondé sur la pensée de Jigoro Kano,
  • et le concept de « JUDO » en tant que sport de compétition internationalisé.
III. Le concept de compétition dans le judo en tant que sportPour analyser la nature du sport centré sur la compétition, il convient de s’arrêter sur la définition proposée par Uchiyama, selon laquelle « l’objectif maximal et unique du sport de compétition consiste à remporter le jeu à travers la comparaison d’une “excellence” rendue explicite par des mesures, des notations ou des scores ». En recourant au concept d’« excellence » plutôt qu’à celui de supériorité ou d’infériorité, Uchiyama cherche à définir la finalité du sport de compétition tout en tenant compte de la diversité des formes de « force » que le sport peut revêtir.La « force » sportive peut être comprise, dans les sports d’opposition tels que le judo ou le baseball, comme la capacité à vaincre un adversaire. Dans d’autres disciplines, comme la natation ou l’athlétisme, elle s’exprime par des critères mesurables tels que la vitesse, la hauteur ou la distance. Dans les sports évalués par notation, comme la gymnastique ou la danse, la force prend la forme de la technicité ou de la beauté, selon des critères prédéfinis.Bien que ces formes de force soient communément regroupées sous l’appellation générale de « force sportive », elles désignent en réalité des standards quantifiables de compétence. Cependant, dès lors qu’elles sont inscrites dans le concept de compétition, ces compétences sont exposées à une comparaison relative, dont la finalité est de hiérarchiser les performances. Autrement dit, dans un sport fondé sur la compétition, la force sportive est interprétée comme une supériorité compétitive, ce qui contribue à une quête incessante de la victoire.Toutefois, plusieurs études soulignent que les objectifs des sportifs ne se limitent pas à la seule victoire. Weiss, par exemple, avance que les athlètes sont attirés par le sport parce qu’il constitue l’un des moyens les plus prometteurs d’atteindre l’excellence. Thomas complète cette analyse en affirmant que, si le désir de gagner est indissociable de toute compétition, le « bon jeu » représente également une composante essentielle de l’expérience compétitive, et que « bien se battre » constitue en soi une récompense.L’excellence apparaît ainsi comme un désir humain fondamental, antérieur à la quête de victoire. Les sportifs cherchent à dépasser leurs capacités actuelles, à devenir ce qu’ils peuvent potentiellement être. Bien que la victoire et l’excellence se recouvrent souvent, elles ne sont pas équivalentes. La victoire reste enfermée dans le cadre de la compétition, tandis que l’excellence peut le dépasser, par exemple lorsque l’athlète cherche à « gagner avec élégance » ou à « terminer en ayant donné le meilleur de lui-même », indépendamment du résultat final.Dans ces situations, l’excellence atteinte n’est plus évaluée selon un critère relatif, mais comme une forme de « force de l’athlète » qui transcende la simple comparaison des performances. Cette distinction révèle que la finalité du sport de compétition et celle du sportif ne se situent pas nécessairement au même niveau. L’excellence de l’athlète, distincte de la supériorité compétitive, ouvre la voie à un dépassement de la structure victoire–défaite au sein même du concept de compétition.IV. Le concept de compétition dans le judo en tant qu’art martialComme le souligne Kawatani, les arts martiaux incluent un concept de compétition comparable à celui du sport, tout en intégrant intrinsèquement une philosophie visant à limiter l’idéologie du gagner à tout prix. Cette caractéristique distingue fondamentalement le budō du sport de compétition.Dans le cadre du judo en tant que sport, l’étude a montré que la quête d’excellence personnelle permettait de relativiser la centralité de la victoire. En revanche, dans le budō, la limitation de l’idéologie du gagner à tout prix est intégrée dès l’origine au concept même de la pratique. Autrement dit, le dépassement de la structure victoire–défaite constitue une spécificité culturelle propre aux arts martiaux japonais.Selon la définition établie par le Nippon Budokan, le budō est une « culture corporelle fondée sur l’unité du corps et de l’esprit, issue de la tradition du bushidō, et structurée par l’entraînement systématique des techniques martiales ». Les racines du budō se trouvent dans les méthodes de combat et les disciplines mentales développées par les guerriers japonais.Les tentatives de modernisation des anciennes techniques martiales, telles que la création du judo par Jigoro Kano ou l’unification du terme « budō » à l’échelle nationale, visaient non pas à rompre avec les pratiques antérieures, mais à les réorganiser conceptuellement. Comme le souligne Hobsbawm, les traditions culturelles, même lorsqu’elles sont relativement récentes, s’inscrivent toujours dans une continuité symbolique avec le passé.Dans cette perspective, comprendre le concept de compétition propre au judo en tant qu’art martial suppose de prendre en compte les conceptions de la compétition antérieures à la formalisation moderne du budō. À l’époque des guerres féodales, la finalité première du combat était la victoire, condition directe de la survie. Cette exigence a favorisé le développement de qualités telles que le détachement face à la mort, la clarté morale et la résolution sans ambiguïté.Avec le temps, ces attitudes et techniques se sont cristallisées sous forme de kata, auxquels se sont ajoutées des règles de conduite et de bienséance. Progressivement, les arts martiaux ont cessé d’être de simples techniques de combat pour devenir des moyens d’introspection et de formation morale. Le combat ne se jouait plus uniquement sur le plan technique, mais également sur celui de l’esprit.L’introduction du bouddhisme zen dans les arts martiaux visait précisément à cultiver un état de « non-attachement » ou de « non-esprit », permettant de dépasser les oppositions telles que victoire et défaite, vie et mort, sujet et objet. Cette capacité à agir pleinement sans être entravé par la recherche obsessionnelle du résultat constituait une condition essentielle de l’efficacité martiale.Ce dépassement des oppositions a progressivement donné naissance à une recherche de la « beauté » dans la pratique martiale. L’efficacité, la rationalité et l’utilité se sont enrichies de dimensions normatives, éthiques et esthétiques, conduisant à l’émergence d’une culture martiale raffinée dans laquelle la valeur d’un acte ne se mesurait plus uniquement à son issue.Dans le judo contemporain, cette esthétique se manifeste notamment dans des comportements valorisant le défi assumé et la dignité face à l’adversité. L’exemple du judoka Shohei Ono, qui a affronté des adversaires de catégories de poids supérieures lors du championnat national toutes catégories confondues, illustre cette attitude consistant à accepter volontairement une situation défavorable afin de rechercher une forme de grandeur qui dépasse la simple victoire.Ainsi, bien que le judo ait connu une internationalisation en tant que sport moderne, il conserve, dans sa pratique, des éléments essentiels de l’esthétique et de la philosophie du budō. La quête d’excellence et la valorisation d’une beauté qui transcende la victoire et la défaite permettent d’envisager un dépassement de la structure hiérarchique propre au sport de compétition.V. La « manière de rivaliser » dans le judoLorsque l’on revient à l’essence du sport, l’idéologie du gagner à tout prix ne saurait être condamnée de manière univoque. Kawatani souligne ainsi que, si l’on situe l’essence du sport dans la compétition, alors le compétiteur doit logiquement rechercher la victoire comme objectif premier, ce qui revient à adopter une forme de primauté de la victoire. De même, Seki affirme que le « gagner à tout prix » constitue une condition nécessaire du sport, et qu’un sport privé de cette exigence serait vidé de sa substance. Ces positions peuvent être comprises comme une invitation à prendre la compétition au sérieux.Kubo, quant à lui, analyse l’existence même des groupes compétitifs comme fondée sur la recherche de la victoire, laquelle agit comme une valeur implicite régulant les comportements de leurs membres. Ces analyses convergent pour montrer que le sport et l’idéologie du gagner à tout prix entretiennent un lien structurel profond, et que cette idéologie ne peut être rejetée en bloc comme intrinsèquement problématique.Dès lors, pour quelle raison l’idéologie du gagner à tout prix devient-elle un objet de critique ? Selon Seki, ni la victoire ni la défaite ne possèdent de valeur en elles-mêmes ; ce sont les sportifs qui produisent de la valeur à travers leurs interprétations et les choix qu’ils effectuent dans le processus menant à la victoire. Les critiques adressées au gagner à tout prix émergent le plus souvent lorsque les comportements des sportifs ou des encadrants deviennent excessivement grossiers ou dénués d’éthique. En ce sens, la critique du gagner à tout prix implique fondamentalement une critique du sportif lui-même.Seki précise par ailleurs que le « bon sportif » est celui qui « choisit ses moyens pour gagner » ou qui « est capable de choisir ses moyens pour gagner ». Cette distinction suggère l’existence de ce que l’on peut appeler un « gagner à tout prix positif », c’est-à-dire une posture consistant à viser la victoire avec sérieux tout en respectant des normes éthiques et culturelles.À l’inverse, Kamiya définit le gagner à tout prix comme une situation dans laquelle les autres contenus éducatifs du sport ne sont ni explicités ni consciemment pris en compte, conduisant à une pratique aveugle exclusivement orientée vers la victoire. Mizukami critique également cette dérive, qu’il décrit comme une vision réduisant toutes les valeurs culturelles du sport à une valeur unique, la victoire, reléguant les autres dimensions à un rang subalterne.Dans cette perspective, le gagner à tout prix, tel qu’il est couramment dénoncé, peut être interprété comme un état dans lequel la pluralité des valeurs sportives est dissoute au profit d’un objectif unique, favorisant une immersion excessive et non réflexive dans la quête de la victoire. Izutsu ajoute que réfléchir à une « défaite porteuse de sens » ou à une « victoire dénuée de sens » constitue une charge cognitive supplémentaire par rapport à une attitude consistant à viser la victoire sans se poser de questions. Ainsi, lorsque la victoire devient la finalité suprême, toute autre considération apparaît comme un obstacle.La prolifération de ce que l’on peut qualifier de « gagner à tout prix négatif » comporte le risque de provoquer, en réaction, une réduction des espaces de compétition eux-mêmes. Le cas de la suppression des compétitions nationales de judo pour les écoliers, justifiée par l’impossibilité de corriger les comportements problématiques des encadrants autrement que par une modification du système, illustre clairement ce danger.Toutefois, même face à ces dérives, il demeure inévitable que les résultats de la compétition soient classés selon la victoire et la défaite, et comparés à partir de critères de supériorité et d’infériorité. Huizinga observe que la supériorité conférée par la victoire tend à être interprétée de manière extensive comme une supériorité générale, ce qui révèle une difficulté humaine à reconnaître la non-valeur intrinsèque de la victoire et de la défaite. Il souligne également que, dans ces conditions, ce n’est plus seulement la victoire dans le jeu qui est recherchée, mais quelque chose de plus large.Ces analyses rejoignent à la fois l’idée selon laquelle la quête de la victoire et de l’honneur constitue une valeur intrinsèquement plaisante pour l’être humain, et celle selon laquelle, dans la société contemporaine, la victoire est devenue un moyen privilégié de production de valeur économique. Ainsi, bien que la société moderne se caractérise par une pluralité de valeurs, la victoire conserve un statut quasi universel, parfois au détriment de cette diversité.Dans le concept originel de la compétition, la victoire et la défaite ne possédaient pas de valeur propre, et leur équilibre reposait sur cette neutralité. Cependant, la structure même de la compétition, fondée sur l’opposition, pousse inévitablement les individus à rechercher la victoire. Huizinga note que l’aspiration à quelque chose de plus élevé, qu’il s’agisse de victoire ou d’excellence, constitue une caractéristique fondamentale de l’être humain. Dès lors que la victoire et la défaite sont interprétées exclusivement en termes de supériorité et d’infériorité, il devient extrêmement difficile de modérer l’orientation vers la victoire des sportifs et des encadrants.Dans un tel contexte, plus la dissociation entre victoire et défaite s’accentue, plus la compétition tend à s’enflammer. Le « gagner à tout prix positif », enraciné dans la structure originelle de la compétition, peut alors se transformer en « gagner à tout prix négatif », devenant un problème social manifeste. Ce phénomène s’accompagne d’une inflation de la valeur attribuée à la victoire, tandis que la défaite demeure dépourvue de reconnaissance symbolique, contribuant à un déséquilibre croissant du concept de compétition.Face à cette situation, porter attention au judo, qui hérite des idéaux traditionnels des arts martiaux tout en intégrant une structure compétitive fondée sur la victoire et la défaite, revêt une signification particulière. Nishimura identifie, chez les judokas contemporains, une attitude implicite consistant à accepter avec dignité le résultat du combat, qu’il soit victorieux ou non. Même si les démonstrations de joie sont désormais tolérées dans le judo moderne, cette attitude traditionnelle continue parfois de se manifester.Nishimura souligne également que l’expression excessive de la frustration ou de la tristesse chez le vaincu peut être interprétée comme un comportement autocentré, manquant de considération pour la victoire de l’adversaire et contraire à l’éthique du respect. Autrement dit, le judo valorise une manière de conclure la compétition sans donner à voir la supériorité ou l’infériorité associée au résultat, en réprimant l’expression ostentatoire des émotions.Cette caractéristique est étroitement liée aux principes du judo formulés par Jigoro Kano, notamment « l’usage optimal de l’énergie » et « la prospérité mutuelle ». Dans cette perspective, le combat n’est jamais une fin en soi, mais un moment transitoire au service d’un objectif plus large : la formation de soi et la contribution à la société.La retenue émotionnelle propre aux judokas constitue ainsi une posture digne d’attention dans un contexte où la valeur de la victoire ne cesse de croître. Cette retenue ne découle ni d’une interdiction réglementaire ni d’une condamnation morale explicite, mais d’une exigence esthétique et éthique issue de la tradition martiale. Elle fonctionne comme une « manière de rivaliser » qui régule les comportements des pratiquants.Dans un monde sportif dominé par la structure victoire–défaite, la quête d’une excellence qui ne donne pas à ressentir la hiérarchie entre vainqueur et vaincu peut être réévaluée comme une pratique visant à restaurer l’équilibre du concept de compétition.VI. ConclusionCette étude est partie du problème de l’idéologie du gagner à tout prix dans le sport de compétition pour proposer un examen critique du concept de compétition qui en constitue le fondement. Son objectif principal était de discuter la manière dont le judo peut se positionner face à la structure hiérarchique victoire–défaite.Le judo présente une double nature : il est à la fois une tradition culturelle et un sport de compétition internationalisé. Cette dualité est souvent interprétée comme un dilemme opposant éducation et performance. Toutefois, une telle opposition ne constitue pas nécessairement une lecture adéquate de la situation. Le sport lui-même peut être compris comme une culture confrontée aux tensions internes générées par la structure victoire–défaite du concept de compétition.L’analyse comparée du judo en tant que sport et en tant qu’art martial révèle, dans les deux cas, l’existence d’une forme de « force » évaluée selon une perspective différente de celle de la simple performance compétitive. Autrement dit, dans le concept de compétition propre au judo, la « force du pratiquant » peut être reconnue indépendamment de la « force sportive » mesurée par le résultat.Malgré cette caractéristique, les pratiquants tendent à se focaliser sur la force sportive et à se laisser absorber par une conception moderne du gagner à tout prix, perçue comme problématique dans le sport contemporain. Dans le concept originel de la compétition, cependant, le gagner à tout prix ne saurait être condamné : il constitue une composante indispensable de ce que l’on peut appeler un « gagner à tout prix positif ».En revanche, dans le cadre du sport moderne, l’oubli des valeurs culturelles autres que la victoire conduit à l’émergence d’un « gagner à tout prix négatif », susceptible de rompre l’équilibre du concept de compétition. Lorsque l’idéologie du gagner à tout prix devient un problème social, on observe une inflation excessive de la valeur de la victoire.Or, même dans ce contexte, le judo conserve implicitement une « esthétique de la maîtrise émotionnelle », selon laquelle il est souhaitable de conclure la compétition sans manifester la supériorité ou l’infériorité liées au résultat. Cette étude interprète cette attitude comme une « manière de rivaliser », c’est-à-dire une forme de comportement permettant de réinterroger la hiérarchie victoire–défaite.Cette manière de rivaliser renvoie aux principes fondamentaux du judo formulés par Jigoro Kano, tels que « l’usage optimal de l’énergie », « la prospérité mutuelle » et, plus largement, la formation de l’être humain. Ainsi, les réponses aux problèmes sociaux engendrés par le sport moderne peuvent parfois être trouvées dans les dimensions corporelles et culturelles héritées de traditions plus anciennes.Bien que cette étude ait interprété la « manière de rivaliser » comme un concept fondé sur l’idéologie des arts martiaux, il est raisonnable de penser que cette notion pourrait également jouer un rôle au sein du sport moderne en général. Toutefois, pour remédier plus profondément au déséquilibre du concept de compétition, il serait nécessaire de réévaluer la signification de la défaite et d’en proposer une reconnaissance située sur un plan différent de celui de la victoire.Yuya Sato 
(
à qui je demande de me contacter directement dans ce site internet)

En conclusion de la conclusion, je vous propose cette maxime : en toute confrontation, dans la vie, dans le sport, dans les échanges et dans les arts martiaux : SOIT JE GAGNE, SOIT J'APPRENDS !

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